Blog « Traces et Mémoire »

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Saint Remacle, de Stavelot à Vielsalm

3
Avr
2019

Par 3 avril 2019 Catégories Légendes Pas de commentaires

Dans cette terre de légendes et de spiritualité, pourquoi ne pas partir à la découverte de l’Ardenne médiévale, sur les traces de Saint Remacle en Haute Ardenne. Pour nous accompagner, l’animal fétiche de ce dernier, l’âne !

 

Entre légende dorée et réalité historique

Stavelot, en province de Liège, est la ville de départ de notre balade qui nous conduira jusque Vielsalm. Entre les deux lieux, à peine 15 km.

Mais qui est Saint Remacle, le saint évangélisateur de l’Ardenne ? Né à la fin du VIème siècle en Aquitaine, Rimagilus, de son vrai nom, décide d’allier sa vie monastique aux pérégrinations du Christ. C’est ainsi qu’il prendra la route avec quelques moines dans le but de prêcher la bonne nouvelle du seigneur aux populations oubliées de la grande forêt d’Ardenne. Il voyage longtemps avant d’arriver dans notre région. D’abord établi à l’abbaye de Luxeuil (Vosges), il devient ensuite l’abbé de Solignac (Limousin), à la demande de saint Eloi. Vers 650, après un passage par Cugnon en Semois (voir l’histoire de la grotte dans laquelle le saint y aurait trouvé asile à son arrivée !), il se fixe au Nord du territoire et y fonde deux monastères organiquement liés : un sur la Warche au lieu-dit “Malmundarium” à Malmédy, et l’autre sur l’Amblève, à Stavelot. Il en devient le premier abbé. Nous sommes sous le règne du roi des Francs chrétiens : Sigebert III. L’Ardenne, « c’est la forêt et la friche », répètent les sources du VIIème siècle. Remacle décède quelques années plus tard, entre 671 et 673, non sans se targuer d’être au centre de plusieurs légendes dont nous allons vous parler. Plus tard, il deviendra également le saint patron de la ville de Spa dont l’église collégiale porte le nom.

Abbaye de Stavelot

Une partie du patrimoine religieux des édifices des environs sont à découvrir à l’abbaye. Dans la jolie ville de Stavelot où séjournera beaucoup plus tard, le poète Guillaume Apollinaire (1880-1918), vous pourrez contempler d’autres témoins du Moyen-âge comme un chef d’œuvre d’orfèvrerie mosane : la châsse de St Remacle (XIIIème siècle) exposée dans le choeur de l’église paroissiale Saint-Sébastien ou encore la chapelle romane Saint-Laurent (XIème siècle). C’est en 1268 que les moines décident de transférer les reliques de Remacle dans cette châsse (reliquaire).

Reliquaire de Saint-Remacle, abbaye de Stavelot

La fondation du monastère est très soutenue par le souverain et l’aristocratie dont la puissante famille des Pippinides : les futurs rois carolingiens. Et c’est là qu’intervient l’animal avec lequel nous randonnons aujourd’hui. L’âne de Saint Remacle est aussi célèbre que le loup qui donna son nom à la cité abbatiale (en wallon, stâv signifie étable et leû, le loup). D’autres récits expliquent l’origine du nom Stavelot : en 1702, Jean Herbeto, conteur, chassait le loup dans l’étable en lui disant le commandement « Estable loup » , ou « à l’étable loup » d’où par déformation Stav’leu, c’est-à-dire Stavelot en wallon.

Voyez en quelques mots, la légende de Remacle résumée ci-après.

Timbre à l’effigie de Saint Remacle

L’âne et le loup de Remacle

Légende

L’âne, fidèle compagnon de Remacle, servait le religieux en transportant ses charges : provisions de victuailles ou pierres de construction pour le monastère. Satan qui n’avait de cesse que de détruire les oeuvres du moine se transforma en loup pour

s’attaquer à l’âne doux et intelligent. Remacle lança sur le loup repu, un chapelet qui l’immobilisa. Prisonnier de cet objet sacré, le loup paya son méfait en devenant l’animal de bât à la solde de l’ermite. Un beau jour, peut-être libéré par le saint lui-même puisque le monastère était enfin terminé, Satan disparut dans la forêt. Et les anciens serrant auprès d’eux leurs petits-enfants disaient en entendant le bruit du vent hivernal : « Ne sortez pas maintenant car ce n’est pas le vent qui crie mais un loup qui laisse derrière lui une forte odeur de soufre ».

D’autres traces de Remacle… et de seigneurs locaux

Quitter Stavelot par la route de Wanne. Transmises de bouche à oreille, quelquefois transcrites, de nombreuses anecdotes légendaires parfois moralisatrices, fleurissent en Haute Ardenne démontrant l’empreinte de l’abbaye sur la vie de la population. Les biographies tardives insistent beaucoup sur les combats que Remacle, représentant de la nouvelle religion, a dû mener pour détacher la population des pratiques anciennes.

La pierre ou le faix du diable – site de la ville de Stavelot

Rendez-vous au Faix (de Fâl’ Djal : signifiant la charge du diable) situé le long d’un sentier à proximité de la route qui conduit à La Vau puis à Grand-Halleux. Là encore, Remacle a joué un mauvais tour au “Malin” moins futé. En voici brièvement le récit :

Légende

Remacle averti par un ange que le diable avait le projet de jeter un énorme bloc sur le monastère, chargea un de ses moines d’aller à sa rencontre avec un sac rempli de chaussures usées. La confrontation eut lieu à cet endroit. Au diable épuisé par sa lourde charge et le questionnant sur la distance à parcourir pour arriver à l’abbaye, le moine répondit qu’elle était encore très loin. Et pour qu’il puisse en juger lui montra la grande quantité de sandales usées par les kilomètres parcourus. Le diable renonça alors à poursuivre le chemin en laissant là son “faix”.

 

Vers Vielsalm : siège d’un château comtal

De Wanne pour atteindre Grand-Halleux, vous passez par un petit ruisseau (de Tigeonville ou Pafflard) qui délimitait le territoire de la Principauté de Stavelot, de celui des Comtes de Salm. Il fait encore actuellement la limite entre les provinces de Liège et Luxembourg. Les “Halleux” désignent un élargissement de la vallée que pouvez contempler en suivant la route vers Vielsalm.

Vielsalm vu depuis le lac des Doyards

Pour se raccorder à l’esprit médiéval, il reste encore à découvrir les vestiges d’un château et le portrait d’un seigneur. Rendez-vous au centre historique de Vielsalm, à l’église Saint-Gengoux (rue Hermanmont, 6690 Vielsalm). Lors de la reconstruction de l’église après les bombardements de mai 1940 (charge explosive placée au pied de la tour pour barrer le passage aux Allemands), une remarquable lame funéraire est mise au jour. Il s’agit de la pierre tombale d’un comte de Salm actuellement encastrée dans le porche. Aucune inscription mais des armoiries sur l’écu arborant deux saumons adossés, permettent l’identification des comtes de Salm. Représenté en cotte de mailles (haubert) revêtue d’un surcot avec ses emblèmes, le seigneur joint les mains laissées en creux tout comme le visage. A l’origine, ces creux étaient rehaussés par des incrustations de marbre. Chevelure, éperons… étaient soulignés avec du laiton.

Dalle, comte de Salm

Nous sommes en présence d’Henri VI décédé en 1359. D’époque médiévale encore, les fonts baptismaux taillés dans une pierre d’arkose. En face de l’église, construit sur la roche escarpée où se dressait le premier donjon comtal, le restaurant « Les contes de Salme » (rue Jean Bertholet 6, 6690 Vielsalm). A l’intérieur, on voit clairement le rocher exigu sur lequel était bâti le premier château. Un lavis de Mathieu Xhrouet permet de s’imaginer le site du donjon et de l’église primitive, au temps des premiers seigneurs de Salm (voir l’ouvrage de Ch. Legros, p 51).

Le restaurant-brasserie « Les contes de Salm »

Et voilà l’origine du nom Vielsalm : « Vetera Salma » : « Vieil Salm », par opposition au nouveau centre “Salma Nova” qui deviendra Salm-le-Château et enfin Salmchâteau.

Du dernier château des comtes de Salm élevé au XIVème siècle reste le châtelet d’entrée flanqué de deux tours rondes de l’enceinte. A l’intérieur des tours, une cave avec voûte d’arêtes servit de prison. L’intérieur de cette ancienne fortification est accessible à certaines occasions seulement.

La tour du château de Salmchâteau

Des produits salmiens

La Haute Ardenne est réputée pour ses paysages escarpés, ses pistes de ski et ses myrtilles succulentes ! A partir de ces fruits dont on vantait déjà, dans les plus vieux ouvrages de botanique, le pouvoir de soulager les problèmes intestinaux, on fabrique d’excellents produits locaux. Pâté, limonade, tarte de saison, liqueur ou bonbons sont ardemment défendus par la Confrérie de la Myrtille de la Salm (info ici). Venez les découvrir jusqu’à la mi-décembre au marché du terroir de Vielsalm ou encore à la Maison du Tourisme et au magasin “Pause douceur” à Vielsalm (rue du Vieux Marché 9, 6690 Vielsalm – ouvert du mardi au samedi : de 9h à 12h et de 13h30 à 18h) .

Mais aussi, des ateliers de fabrication de :

  • Fromage à la fromagerie du Bairsoû (Trois-Ponts). Dégustation de la tomme de l’abbaye de Stavelot – www.fromageriedubairsou.be
  • Bière qui ferait vibrer le coeur des moines à la brasserie artisanale de la Lienne (Lierneux). Cette dernière peut se visiter en suivant des panneaux didactiques – www.brasseriedelalienne. Ajoutons encore la très célèbre Vieille Salme, une bière ambrée très appréciée.
  • Rhum pour vos grogs hivernaux à la distillerie Dr.Clyde’spirits (Trois-Ponts). Il s’agit du seul rhum distillé en Belgique. Visites guidées sur réservation -www.drclyde.be

La nature entre Glain et Lienne en terre de Salm : forêt sombre, rivières nerveuses, profonds et étroits vallons, a tôt fait de séduire les premiers touristes. Parmi eux, l’illustrissime Victor Hugo saisira la romantique sauvagerie de ses paysages dans quelques-uns de ses croquis. (Balade Victor Hugo : circuit pédestre de 7 km au départ du pont Madeleine à Salmchâteau. Plan disponible à la Maison du Tourisme de Vielsalm. www.haute-ardenne.be).

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