Blog « Traces et Mémoire »

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L’Ardenne de Paul Verlaine

3
août
2017

Par 3 août 2017 Catégories Faits et sites historiques Pas de commentaires

Cet article est un extrait du dossier consacré à l’Ardenne de Paul Verlaine que l’on retrouve dans le n°11 du Regards d’Ardenne (automne 2015). Vous pouvez télécharger le pdf en cliquant ici !

Découvrir en vrai

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La marche est un plaisir et plus encore quand elle permet de partir sur les traces d’un grand poète. Une toute nouvelle balade consacrée à Paul Verlaine est à découvrir à Paliseul.

Après le livre de Danielle Chanteux « Paul Verlaine et l’Ardenne », avec l’exposition encore en place à deux pas du bureau de tourisme (à réserver au bureau de tourisme de Paliseul) et maintenant avec ce petit circuit de 5 km, vous serez transportés dans l’univers du poète. De plus, sur les 6 panneaux égrenés le long du parcours de la promenade, un QR code vous permet d’accéder à une foule de renseignements complémentaires. photo panneau balade Verlaine

L’Ardenne comme repère

De 1845 à 1873, Paul Verlaine passe l’été dans la famille de son père : Nicolas-Auguste Verlaine, officier dans l’armée napoléonienne. Nicolas- Auguste est né à Bertrix, ses deux soeurs Julie et Henriette, les tantes du poète résident à Jéhonville, Carlsbourg et Paliseul. Son grand-père Henry-Joseph Verlaine du village d’Arville, a été procureur à la Haute Cour de Saint-Hubert. L’ancrage paternel est bien ardennais.

Verlaine

Portrait de Paul Verlaine

Pour Paul Verlaine, l’Ardenne évoque la liberté. Des images, des sons, des odeurs ressenties dans les forêts et le long des rivières ardennaises marqueront sa sensibilité. Sa poésie traduit à merveille les ciels changeants, les paysages en relief, les couleurs et les saveurs de l’Ardenne.

Quand l’étudiant parisien rejoignait l’Ardenne pour les vacances, c’était une véritable aventure. Il arrivait dans le village de Paliseul en diligence, « un joli site haut perché, qui corrige l’âpreté un peu des toits trop uniformément en ardoises » Il fallait compter deux jours entiers avec les nuits, pour parcourir Paris-Sedan. Puis encore une journée pour arriver à Paliseul, sur des routes caillouteuses, en passant par Bouillon « en entonnoir, où dégringolaient, versant parfois, les malles-poste venant de Sedan. » En Ardenne « sauvage en diable avec des habitants très doux », le frêle collégien se revigorait, randonnait à travers bois et campagnes. Il pêchait la truite de la Semois.

Malle-poste de Bouillon-Sedan

Malle-poste de Bouillon-Sedan

C’était le dépaysement total, et la vie au grand air, avec ses amis d’enfance : Xavier et Jean-Baptiste Delogne, Hector Pérot et sa soeur Clarisse. Adolescent, Paul Verlaine chassait avec son père au château des Abbyes à Opont. Ce grand domaine qui avait appartenu à Pierre Bonaparte était le lieu de rassemblement des notables chasseurs, des “messieurs”.

Citation

Paliseul, sa petite patrie de coeur

1873VerlaineetRimbaud.FondsRimbaudcharleville

Verlaine et Rimbaud en vadrouille

Adulte, Verlaine est revenu à Paliseul aux funérailles de tante Henriette en mars 1869, puis pour la dernière fois, en 1871, lors d’un réveillon chez les Pérot. En avril et mai 1873, Verlaine séjourne à Jéhonville chez « sa vieille tante qui a toutes les bontés » pour lui. Sa vie conjugale tournait au cauchemar et il a déjà été victime d’une attaque cérébrale à Namur. Il ne doit la vie qu’à ses amis de Paliseul Xavier et Jean-Baptiste Delogne. Il retrouve un peu de sérénité chez tante Julie qui l’accueille avec sollicitude mais il s’y ennuie vite. Alors il part rejoindre Arthur Rimbaud et Ernest Delahaye à Bouillon où ils faisaient la bringue : truites, pintes, pékets. Le 10 juillet 1873, Rimbaud et Verlaine partent pour Bruxelles. C’est là que Verlaine va tirer deux coups de revolver sur Rimbaud. Désormais, l’auteur composera ses poèmes à la prison de Mons jusqu’en 1875.

En Ardenne(s)

Interdit de séjour en Belgique, Verlaine s’installe dans les bois de Corbion. Puis dans les Ardennes françaises de 1877 à 1885. En 1877, il succède à son ami Delahaye comme professeur au Collège Notre-Dame de Rethel, mais les démons de l’alcool le reprennent, il est congédié. On le retrouve précepteur et paysan à Coulommes. En 1880, Verlaine est à Juniville. Il y achète au nom des Letinois, une ferme qu’ils exploiteront ensemble. Leur fils, Lucien Letinois, est un ancien élève que Verlaine a pris sous son aile. Poète champêtre bien plus que fermier, l’entreprise se termine vite. La ferme est saisie. Verlaine écrit « notre essai de culture eut une triste fin. Mais il fit mon délice un long temps et ma joie. »

En 1882, il renoue avec le milieu littéraire parisien. Survient la mort de Lucien en 1883. Retour à Coulommes dans la fermette des Letinois rachetée par la mère de Verlaine. Il jardine, il essaye d’oublier, il travaille à l’écriture d’Amour. Mais il tombe de plus en plus dans le désoeuvrement. En 1885, il vit clandestinement à Corbion, près de la cure de son ami d’enfance, Jean-Baptiste Dewez. Il quittera définitivement les Ardennes en 1885. Jusqu’en 1895, il ne cessera pas de publier. Il meurt à Paris en 1896.

Au coeur de Paliseul : quelques souvenirs (article complet dans Regards d’Ardenne n°11)

PlanPaliseulVerlaine

1. Syndicat d’initiative de Paliseul

Le “clos de ma tante” (Tante Henriette Grandjean) se situait à cet endroit. Dans ce jardin, Verlaine a joué et lutté avec ses amis d’enfance, Hector Pérot et le futur abbé Dewez, curé à Corbion.

2. Sculpture de Jean-Paul Couvert

L’artiste est né à Corbion en 1958. Il est peintre, sculpteur et marchand de tabac. J.-P. Couvert est un enfant de la Semois. Il représente ici une hache géante en schiste ardoisier, pour symboliser la forêt chère à Verlaine. En doré, des feuilles de frêne scintillent.
Le frêne était le bois sélectionné autrefois, pour fabriquer les manches d’outil. La lettre H évoque l’humanité. Au pied, les célèbres vers de Verlaine : “Au pays de mon père…” (Amour
1888).

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3. Hôtel des Ardennes et ancienne malle-poste

Paliseul était un relais officiel de la Poste royale et des malle-postes. C’était aussi un chef-lieu de canton pour la milice et la Justice de Paix. La Grand-Place était fréquemment animée par des foires et marchés.

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4. Chapelle Saint-Roch

Elle est dédiée au saint invoqué depuis le Moyen âge contre la peste. D’une austère bienveillance, la pieuse tante Henriette y emmenait son neveu pour parfaire son éducation chrétienne. Elle admirait chez lui, la culture et le talent. Verlaine y a demandé, diton, la protection contre la peste du mariage.

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5. Maison de Jean-Joseph Istace

C’est l’ami du père de Paul Verlaine. Son fils Eugène est né en 1835. Il est appelé “le petit duc”, exerçant le métier d’agent de commerce pour la cristallerie Baccarat de Clichy. Il aura une correspondance abondante avec le poète.

Circuit Rimbaud

6. Maison de Tante Henriette

Elle est l’épouse du grand-oncle de Verlaine, le lieutenant-colonel Grandjean. Le couple loue ce long corps de logis, avec écurie et grange, à partir de 1846. Verlaine en décrit le décor et c’est là qu’il rencontre les deux abbés Xavier et Jean-Baptiste Delogne, prêtres à Paliseul, puis à Namur. Aujourd’hui, deux commerces occupent le rez-de chaussée de l’ancienne ferme.

7. Première maison Pérot

La famille Pérot habite d’abord cette maison, aujourd’hui propriété communale (n°25). Les époux Pérot appartiennent à la bonne bourgeoisie, chère aux Verlaine. Madame Pérot est la fille de Pierre Poncelet, maire de Bouillon puis notaire à Paliseul.

8. église Saint-Eutrope

Le jour de sa fête, les reliques du saint martyr attiraient des milliers de pèlerins dans la localité. Au temps de Verlaine, l’entrée de l’église se trouvait de l’autre côté et son choeur donnait sur la Grand-Place. Verlaine évoque les cérémonies religieuses qui rythmaient la vie rurale.

9. Plaque commémorative

Une pierre de schiste est apposée le 26 juin 1932, par la Société des écrivains ardennais fondée à Charleville. Cette plaque rend hommage au grand poète qui a partagé avec les enfants de cette maison, des jeux et une amitié durable. Son propriétaire, Jean- Joseph Pérot est receveur des postes et bourgmestre de Paliseul, entre 1867 et 1879. Devenue maison vicariale, elle abrite aujourd’hui le Comité Culturel Paul Verlaine. Dans le hall, l’artiste Fernand Tomasi de Meix-devant-Virton a sculpté, en relief, le portrait de Verlaine.

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