Blog « Traces et Mémoire »

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Le centenaire de la Bataille des frontières

22
août
2015

Par 22 août 2015 Catégories 1ère Guerre mondiale commentaire

La bataille des Frontières est le premier affrontement général de la Grande Guerre (1914-1918). Dans la deuxième quinzaine d’août, on se bat sur tout le front ouest, depuis l’Alsace jusqu’en Flandre. Pourquoi cette bataille à cet endroit précis?

© FTLB - Monument aux morts Marche-en-Famenne

© FTLB – Monument aux morts Marche-en-Famenne

Pourquoi une bataille des frontières?

Tout commence le 3 août 1914, date à laquelle l‘Allemagne déclare la guerre à la France. Dans ce contexte d’alliances territoriales (la France, le Royaume-Unis et la Russie forment l’Alliance et l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie, l’Entente), l’empire du Kaiser entend prévenir une attaque de ses adversaires français et russes. La veille, il avait déjà mis un pied au Grand-Duché et le 4 août, ses troupes envahissent la Belgique, brisant sa neutralité. Cette violation autorise les Français à pénétrer également sur le territoire.
Pour les Belges, l’entrée en guerre est une surprise. Ces derniers n’ont aucune idée de ce qui les attend. Un accueil exceptionnel est réservé aux troupes françaises, les seules à venir dans la province. Quant aux Allemands, l’attitude est plus réservée sans pour autant être menaçante. À Arlon, ville encore partiellement germanophone, quelques acclamations sont adressées aux régiments allemands.

La tactique militaire allemande (plan Schlieffen) vise à envahir le Belgique afin de contourner, par le Nord, l’armée française concentrée sur la frontière franco-allemande et de s’emparer de la capitale. Il convient d’aller vite pour déjouer la mobilisation russe à l’est.

© FTLB - Carte du front France et Belgique

© FTLB – Carte du front France et Belgique

En Belgique, la mobilisation décrétée le 31 juillet suite aux évènements de juin 1914 permet de rassembler près de 200 000 hommes, contre 3 840 000 pour l’Allemagne. À ce nombre s’ajoutent les volontaires de guerre (18 000) et les membres de la garde civique (45 000), corps principalement actif dans les grandes villes mais peu enclin à un rôle militaire.
Sur le plan matériel, l’armée belge dispose de 38.000 chevaux, de 2600 wagons, de 1500 automobiles et d’une trentaine d’aéroplanes. La défense du pays repose sur trois places fortifiées: Namur, le camp retranché d’Anvers et Liège.

Le 5 août, la cité ardente est prise d’assauts par une armée allemande supérieure à tous points de vue (effectif et armement). Les 12 forts (6 grands et 6 petits) tombent les après les autres non sans une résistance liégeoise embarrassante pour l’adversaire. Le 16 août, Hollogne, le dernier fort, capitule laissant le pays à la merci des oppresseurs et la capitale tombe quatre jours plus tard.

Fort Hollogne © FTPL-web

Fort Hollogne © FTPL-web

Par la suite, plus les Allemands poursuivent leur percée dans les vallées de la Sambre et de la Meuse entre Dinant et Charleroi et au nord du sillon Sambre et Meuse et plus l’Armée belge recule, se réfugiant fin août au camp d’Anvers. Au même moment, les troupes franco-britanniques passent à l’offensive dans plusieurs régions (Charleroi, Mons, etc.) dont les Ardennes et la Gaume.

Le plan français, appelé plan XVII, est dirigé par le général français Joffre et consiste à lancer une offensive vers la Lorraine allemande, fixée au 14 août pour coïncider avec celle organisée par les Russes. Pour le 20 août, l’assaut français doit s’accompagner, sur le flanc nord, d’une avancée dans les Ardennes supposées vides, une fois les Britanniques en place.
Deux armées sont réquisitionnées: la 3ème du général Ruffey avec pour objectif Neufchâteau et la 4ème du général de Langle de Cary se dirigeant vers Arlon. L’objectif est de s’enfoncer vers la Meuse pour ensuite encercler l’ennemi. En réalité, cette stratégie conduit à une collision avec les forces allemandes sur le terrain. La bataille des frontières est lancée.

© FTLB - Carte du front

© FTLB – Carte du front

Au coeur de la bataille

La province de Luxembourg représente le territoire le plus vaste de Belgique (4400 km²) tout en étant le moins peuplé (231000 habitants répartis sur 231 communes). Le 22 août, à l’exception de régions plus au nord, elle subit de plein fouet le corps à corps des belligérants.

Dès le 6 août, cinq divisions de cavalerie française se fixent dans la province dans le but de protéger une frontière commune et une région que l’armée belge ne défendait pas. En plus de cela, les soldats jouent les éclaireurs en entamant une reconnaissance de terrain. Cette mission vise à cerner les forces et les dispositifs de l’ennemi. L’armée allemande fait de même, ce qui conduit à quelques escarmouches comme à Stockem et à Vance où des hussards français chargent à plusieurs reprises. Le 20 août, entre Neufchâteau et Libramont, les premières victimes tombent.

Dragons français sur la place de Bertrix

Dragons français sur la place de Bertrix

Un 22 août meurtrier

Le 22, l’été caniculaire et ses orages ont laissé place à un épais brouillard. Les soldats de deux camps avancent à l’aveuglette dans la brume, conduisant ainsi à la confrontation. Les forces armées s’entrechoquent de manière improvisée sur un front de plus de 80 kilomètres de long. Ces collisions donnent lieu à 15 batailles violentes, cinq en territoire français et 10 au centre (Anloy, Bertrix, Maissin, Neufchâteau) et au sud de la province (Baranzy, Ethe, Virton, Bellefontaine, Rossignol, Nevraumont). Des batailles différentes par le terrain, les armées et les résultats.

Tourisme de mémoire

Découvrez tout le patrimoine militaire et de mémoire dans toutes les localités touchées par le conflit. Pour plus d’infos, c’est ici!

© Nestor Outer - Bataille de Virton

© Nestor Outer – Bataille de Virton

© Outer Nestor  -Après la bataille 1914

© Nestor Outer -Après la bataille 1914

L’artillerie est devenue l’arme principale du champ de bataille, devant l’infanterie et la cavalerie inexistante. Pendant cette guerre, les statistiques ont montré qu’un soldat avait trois fois plus de chance d’être blessé par un obus que par une balle.

© Musée Baillet Latour

© Musée Baillet Latour

Rapidement, la 4ème armée du duc de Wurtemberg et la 5ème du Kronprinz, fils de l’empereur Guillaume II, brandissent leur supériorité face aux faiblesses françaises. Les généraux Ruffey et Langle ne sont pas à la hauteur. L’artillerie allemande, principalement son canon, est exploitée de manière plus réfléchie et l’infanterie française subit les foudres de son uniforme bleu et rouge trop voyant et de sa médiocrité de tir. L’Allemagne l’emporte sur presque tous les fronts tandis que les pertes sont considérables chez les hommes de Joffre.

Uniforme militaire français © FTLB

Uniforme militaire français © FTLB

Le 22 août restera la journée la plus sanglante de l’histoire militaire française, avec 80.000 Français mis hors de combat dont environ 25.000 morts avec de nombreux officiers. Aucune autre journée de la Première Guerre n’aura été aussi meurtrière que ce 22 août.

La bataille la plus dramatique est celle de Rossignol qui voit la destruction d’une partie des troupes coloniales françaises et l‘exécution d’une centaine d’habitants transportés à proximité de la gare d’Arlon. À Ethe, les Allemands massacrent 300 civils et autant de prisonniers alliés dans les prairies à la sortie du village.

Village de Rossignol en ruines

Village de Rossignol en ruines

Au soir, les armées de Langle et de Ruffey se replient mais conservent plusieurs divisions, non encore engagées, sur la ligne d’Etain à Bouillon en passant par Longuyon, Jamoigne et Virton. Même s’ils ont abandonné de nombreux territoires et matériels en chemin, les Français tentent d’inverser la tendance allemande. Cependant, ils ont laissé aux mains des ennemis le coeur industriel des deux pays (le bassin charbonnier du Nord/Pas-de-Calais et la sidérurgie belge) permettant ainsi aux Allemands d’additionner ce butin à sa propre économie déjà à l’abri des risques de la guerre.

Du 23 au 26 août, les nombreux affrontements se poursuivent en étant toutefois moins sanglants et moins décisifs. Le 26, la citadelle frontalière de Longwy se rend et l’armée française se concentre désormais derrière la Meuse où une nouvelle bataille l’attend.

© FTLB - Bellefontaine cimetière

© FTLB – Bellefontaine cimetière

La colère allemande s’abat sur les civils

Les civils ne sont pas à l’abri de la vengeance allemande. Croyant voir des francs-tireurs partout, les troupes du Kaiser incendient les villages et exécutent les Belges suspectés. On compte près d’un millier de Français et de Belges victimes de ce mythe sur l’ensemble de la bataille. Car il s’agit bien d’un mythe, relevant de la psychose des Allemands. Il est possible qu’un civil ait fait feu sur un soldat isolé mais il s’agit d’exception qui ne justifie en rien les massacres perpétrés par la suite. Les raisons en sont que les civils ne sont pas armés et que les villages sont composés, à ce moment-là, de femmes, d’enfants et de personnes âgées, étant donné la mobilisation des hommes. Lors des combats, les familles se réfugient dans les caves pour échapper aux balles perdues et sont donc rarement présentes lors des affrontements.

© FTLB - Baranzy cimetière franco-allemand

© FTLB – Baranzy cimetière franco-allemand

De nouvelles manières de faire la guerre

La bataille des Frontières est une innovation militaire en de nombreux points. Il s’agit tout d’abord de l’invention du front continu. Auparavant, les armées se déplaçaient librement sur le terrain jusqu’à se rencontrer à un endroit précis et livraient combats tant que l’un ne s’était pas retiré.
La conduite des opérations sur de tels fronts n’est possible que grâce au développement de la télécommunication; les ordres sont envoyés par téléphone, télégraphe ou radio. Cette bataille est donc le baptême du feu de la radio.
De plus, l’infanterie, qui dominait jusque là les champs de bataille, s’est vue devancée par l’artillerie conduisant au développement et perfectionnement des armes comme le canon.

© Ethe - Reconstitution

© Dominique Linel, Ethe – Reconstitution « Sur les pas de la mémoire »

Sources

  • DELHEZ Jean-Claude, Le jour de deuil de l’armée française, 1ère partie, Editeur Jean-Claude Delhez, Thonne-la-Long, 2011.
  • DELHEZ Jean-Claude, Le jour de deuil de l’armée française, 2ème partie, Editeur Jean-Claude Delhez, Thonne-la-Long, 2012.
  • Fédération touristique du Luxembourg belge, Traces et mémoire. Guide illustré, La Roche-en-Ardenne, Sabine Vandermeulen, 2014.
  • http://www.commemorer14-18.be/index.php?id=11095
  • CONSTANT Justine, Sur les traces de 14-18. Rossignol. De la bataille des Frontières au village martyr. Manuel à l’usage des guides, Saint-Hubert, Fondation MERCi, 2011.

 

1 commentaire pour “Le centenaire de la Bataille des frontières

Ghislain dit :

Le guide du Luxembourg belge Traces et mémoire ainsi que les articles dans Luxembourg Tourisme sont de bonnes références !!!!

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