Blog « Traces et Mémoire »

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Montquintin: quand des ruines reprennent vie

11
juil
2016

Par 11 juillet 2016 Catégories Faits et sites historiques Pas de commentaires

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© J. Cornerotte

Première partie: un patrimoine exceptionnel

Fallait-il être un peu fou pour s’atteler à cette ruine imposante rongée par le lierre et les intempéries qui gisait abandonnée depuis près de 60 ans sur le promontoire de Montquintin ?

C’est pourtant ce qu’a fait Didier Culot avec une poignée de bénévoles dès 1995. Il a fallu tronçonner, élaguer, débroussailler toute la végétation qui avait repris ses droits avant de pouvoir commencer quoi que ce soit d’autre. Après vingt ans et des milliers d’heures de travail, le château de Jean-Nicolas de Hontheim, ci-devant évêque suffragant  de Trèves, a repris vie. Et les projets se précisent de plus en plus.

Suivez-nous « là où souffle l’esprit ».

Sommaire de cette première partie

Un ensemble bâti de premier ordre

Montquintin. Une trentaine d’âmes, une quinzaine de maisons juchées sur une colline et organisées autour d’un îlot féodal pour le moins complet :

  • église romane
  • ferme seigneuriale
  • colombier (symbole s’il en était de puissance économique)
  • ruines du château
  • ferme dîmière (là où le seigneur du lieu percevait la dixième partie des récoltes de ses sujets, pour la plupart paysans).

Voilà pour le décor. Nous allons y revenir.

L’histoire ? Chacun sait que le Luxembourg belge a toujours été un pays d’entre deux, témoin et victime bien malgré lui des invasions venues à toutes les époques de l’est. C’est particulièrement le cas en Gaume : les vallées offrent des voies de pénétration faciles dans la région.

Les origines du château

Didier Culot (archéologue, faut-il le préciser) et avec lui bon nombre d’historiens pensent que le site, idéalement situé, est fortifié dès le 12ème siècle d’une de ces tours carrées dites « tours sarrasines » que la vieille Europe a édifiées en de nombreux lieux stratégiques. Des substructions ont été découvertes lors des 20 campagnes de fouilles conduites sur le site. C’est sans doute au cours du 13e siècle (première mention de la seigneurie de Montquintin) que cette tour est intégrée dans un dispositif plus ambitieux : de forme trapézoïdale, il est flanqué de tours aux trois autres angles.

Des sièges et des attaques constantes

Défense certes mais faible. De la fin du 15e siècle jusqu’en 1657, Montquintin ne connaîtra guère de répit, ruiné, reconstruit, réaménagé pour s’adapter aux nouvelles techniques de siège avec l’aménagement au Nord d’un vaste escarpement et d’une haute muraille qui sera dotée de petits fortins destinés à recevoir des canons. On creusera un vaste fossé sec à l’Est pour faire place à un large glacis destiné à mettre les éventuels assaillants à découvert.

Renaissance des ruines ….

Quand Jean-Nicolas de Hontheim (voir biographie ci-après) achète le domaine en 1760 aux Baillet-Latour, seigneurs de … Latour (à quelques lieues de Montquintin), il est pratiquement à l’état de ruine.

D’une forteresse qui a subi les outrages du temps, l’évêque suffragant de Trèves va faire une vaste demeure confortable avec potager, jardin à la française et verger. À quelques encablures de là, depuis 2 ans, un certain Laurent Benoît Dewez travaille à redonner toute sa splendeur à l’abbaye d’Orval.

… avant les flammes des Révolutionnaires

Mais le siècle des Lumières se termine dans un bain de sang et la France révolutionnaire met à sac le village en 1793 tandis que le château part en flammes en 1794. Orval subira le même sort. Heureusement, monseigneur de Hontheim, « humble desservant dudit Montquintin » n’aura pas vu sa demeure disparaître : il meurt en célébrant la messe en septembre 1790. Il avait 89 ans.

Renaissance

À partir de 1803, Jean-Jacques de Hontheim, son neveu, relève le château de la ruine, l’aménage dans le goût du temps avec de larges baies, des pilastres et un fronton néo-classique. Malheureusement, les bâtiments sont à nouveau réduits en cendres en 1869.

Les lieux vont ainsi rester à l’abandon durant une centaine d’années. Une maison sera tout de même réaménagée dans l’aile Nord qui deviendra aussi café-épicerie avant de subir deux incendies en 1935 et 1958. Le vieux château (ou plutôt ce qu’il en reste) va retourner à la sauvagerie, enseveli sous des lierres inextricables et envahi d’arbres et de buissons qui laissent à peine deviner sa silhouette imposante.

© J. Cornerotte

© J. Cornerotte

Aux alentours du château

1) La ferme seigneuriale

La ferme seigneuriale est chargée d’assurer la subsistance du seigneur du lieu. À Montquintin, elle faisait partie intégrante du château, englobée qu’elle était à l’intérieur même du mur d’enceinte. On peut encore en voir des fragments ici et là.

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© J. Cornerotte

Reconstruite à la fin du 18e siècle, elle présente un beau volume pluricellulaire qui regroupe le corps de logis, les étables et la grange, comme cela se faisait dans notre région. Ce n’est qu’à partir de 1826 que la ferme seigneuriale change de propriétaire. Les enfants de Jean-Jacques de Hontheim se défont de ce bien et un mur de séparation est construit entre la ferme et l’esplanade du château.

2) Le colombier

Au Sud de la ferme, le colombier marquait la puissance du seigneur dès le 16e siècle. Belle tour ronde soigneusement appareillée, ce colombier mériterait une restauration d’envergure car il reste un témoin privilégié de l’Ancien Régime.

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© J. Cornerotte

3) La ferme de la dîme

C’est Jean-Nicolas de Hontheim qui fait construire cette belle tricellulaire en 1765. Cuisine, belle chambre occupent la partie gauche du logis tandis qu’un petit bureau et une salle un peu plus vaste (qui servit d’ailleurs d’école au 19ème siècle) sont accolés à la grange qui permettait de stocker les denrées agricoles, elle-même jouxtant l’écurie.

Couverte de tuiles canal, la ferme dîmière sera cédée par la famille Brafford au Musée gaumais. Edmond Fouss, le créateur et conservateur du musée à l’époque en fera le Musée de la Vie paysanne.

© J. Cornerotte

© J. Cornerotte

4) L’église Saint Quentin

Quatrième et dernière composante de ce bel ensemble classé au Patrimoine exceptionnel de Wallonie, la petite église Saint Quentin. Dès la toute fin du 12e siècle, une paroisse est attestée à Montquintin. Tout simple, le petit édifice en impose toutefois par son volume ramassé surmonté de sa tour porche relativement peu élevée (par crainte des orages ?). Comme bon nombre d’édifices religieux anciens, l’église a évolué au fil des siècles.

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© J. Cornerotte

A l’origine était une simple nef peut-être déjà reliée à la tour. Difficile de répondre. Peut-être la tour et le chœur ont-ils été ajoutés à cette simple nef. Au 15e siècle, la Chapelle des Seigneurs est enchâssée dans l’angle Nord-Est qui jouxte le chœur. Au 17e siècle, plusieurs aménagements auront lieu, un document relatant la visite de l’archidiacre et faisant état du délabrement dans lequel se trouvent le chœur et les toitures. Plus tard, on adjoindra deux bas-côtés à la nef d’origine tandis que le chœur sera transformé et élargi. Son plafond est à croisée d’ogives et la clé qui bloque les croisées porte le millésime 1711.

Le 20ème siècle verra encore des restaurations suite à des faits de guerre (un obus ayant endommagé la tour notamment) ou en vue tout simplement de maintenir le petit édifice en état.

Jean-Nicolas de Hontheim

Après une carrière prestigieuse au sein du clergé, Jean-Nicolas de Hontheim se retire, en 1779, à Montquintin. Pourquoi cette retraite dans un village qui compte sans doute plus de têtes de bétail que d’habitants ? Le saura-t-on jamais ?

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Né à Trèves en 1701, il était de ces familles de la noblesse qui entretenaient depuis de nombreuses générations des relations privilégiées avec la cour et le diocèse de l’archevêque électeur. Il suivit des études au collège des Jésuites de Trèves avant les universités de Trèves, Louvain et Leyde. Ordonné prêtre en 1728, on le retrouve en 1732 professeur à l’université de Trèves.

En 1738, il rejoint Coblence comme fonctionnaire de l’archevêque-électeur. C’est sans doute là que Hontheim va se rendre compte de l’importance de la Curie romaine dans les différents domaines de la politique de l’Empire en ce et y compris les tractations qui avaient eu lieu au moment de l’élection des empereurs Charles VII et François Ier.

C’est là que va germer dans son esprit l’idée de dénoncer ces agissements du haut clergé qui entoure le souverain pontife. Ce sera la publication de son fameux « De statu Ecclesiae et legitima potestate Romani Pontificis : liber singularis, ad reuniendos dissidentes in religione christianos compositus » publié sous le pseudonyme de Fébronius en 1764.

Un peu plus tard, il sera prié par Rome de se rétracter par rapport à ce brûlot. Il obtempérera mais sans aborder les questions essentielles dont il avait traité dans son ouvrage. En fait, la position de l’évêque suffragant de Trèves n’avait pas changé comme le prouve l’abondante correspondance qu’il a laissée.

En 1779, il quitte son poste de doyen de Saint-Siméon pour se retirer en son château de Montquintin. Il y vivra 11 ans avant de décéder en 1790 à l’âge respectable pour l’époque de 89 ans.

Suite du dossier sur Montquintin

Bientôt, la suite de notre dossier consacrée plus particulièrement aux fouilles des archéologues!

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