Blog « Traces et Mémoire »

Bienvenue sur les carnets d'histoire du Luxembourg belge !
Nous vous invitons à remonter le temps, à redécouvrir les traces du passé.
Faits de la grande et de la petite Histoire, gestes et savoir-faire, traditions et folklore, personnages réels ou légendaires... Au travers des articles du blog, nos rédacteurs, nos ambassadeurs et vos coups de cœur contribueront à faire revivre l'Ardenne et la Lorraine d’autrefois.

Les arbres remarquables du Luxembourg belge

17
nov
2016

Par 17 novembre 2016 Catégories Traditions et Folklore commentaires

Les arbres, nos grands frères immobiles

Le magazine Regards d’Ardenne avait longuement développé un dossier consacré à l’arbre à l’automne 2014 (n°7). Vous pouvez télécharger gratuitement ce numéro ici!

Regards d’Ardenne n°7

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Revenons vers ce patrimoine qui trace, dans toute la province, un pointillé délicat d’arbres remarquables.

L’arbre a de tous temps été un compagnon silencieux et bienveillant de l’homme. De la forêt, nous avons tiré quantités de ressources : bois de construction, de chauffage, nourriture des troupeaux de porcs emmenés par le herdier communal, charbon de bois quand s’édifièrent nos usines métallurgiques au XVIème siècle sans compter les chênes, hêtres et charmes utilisés par les charrons, sabotiers et menuisiers qui peuplaient nos villages d’Ardenne.

Arbres de justice, de limite, objet de dévotion, ils ont marqué et marquent encore le paysage de notre Ardenne. Et que dire des beaux alignements de tilleuls ou de platanes qui ombragent encore certaines de nos routes (mais pour combien de temps) ?

Calvaire ombragé quelque part en Gaume © J. Cornerotte

Calvaire ombragé quelque part en Gaume © J. Cornerotte

Remarquable l’arbre ?

A n’en pas douter. Et a plus d’un titre.  On a pour habitude (et c’est le cas des arbres repris à l’inventaire de la Région wallonne) de les ranger comme remarquables dans la mesure où leurs dimensions laissent entrevoir une longue vie, une histoire liée au terroir ou une trace de vénération particulière.

Tilleul et édifice religieux Montquintin © J. Cornerotte

Tilleul et édifice religieux Montquintin © J. Cornerotte

On ne s’est sans doute jamais autant intéressé aux arbres que depuis une vingtaine d’années. D’éminents botanistes travaillent sur le sujet. Francis Hallé, Bruno Sirven, Ernst Zürcher vont de découvertes en découvertes sur ce que l’on croyait bien connaître de l’arbre : une formidable usine à oxygène qui, de plus, capte le carbone.

Des travaux récents montrent une complexité bien plus importante que ce que l’on imaginait. Les arbres communiqueraient entre eux, émettraient des sons propres à chaque essence et, chose plus incroyable encore, « sentiraient », comme les animaux, l’imminence des tremblements de terre. Quand on vous dit que nous ne sommes pas au bout de nos découvertes…

© J. Cornerotte

La Drève centenaire entre Bende et Jenneret © J. Cornerotte

C’est cela qui est formidable : des scientifiques de haut vol travaillent sur la matière ligneuses et s’étonnent souvent de leurs découvertes. Arriverons-nous un jour à comprendre toutes les connexions qui relient nos grands frères arbres entre eux ? Sans doute mais ce n’est pas pour tout de suite.

En Ardenne

D’arbres remarquables, il en est une myriade en notre Ardenne, de Virton à Erezée, de Neufchâteau à Orval en passant par Meix-le-Tige, perdus au sommet d’une colline et entourant un calvaire, égarés sur le bord d’une route de campagne, protégeant une potale ou bien encore plantés au coin d’un carrefour perdu et couvert de loques et de clous… résurgence des croyances anciennes de nos aïeuls.

© J. Cornerotte

Inflorescences du Tilleul © J. Cornerotte

Qu’il aient servi à délimiter des propriétés fort anciennes, que l’on ait rendu justice à leur ombre ou que l’on ait célébré un événement en les plantant, nos arbres remarquables sont les témoins vivants – et souvent très âgés – de la société humaine et de son histoire.

Les arbres protecteurs – le tilleul

Commençons si vous le voulez par ce que l’on a coutume d’appeler les arbres protecteurs.  Assez régulièrement, c’est le tilleul que l’on retrouve en bonne place parmi nos arbres remarquables. On pense que ce sont là les premiers signes de la christianisation de notre Ardenne. Le tilleul planté par un ermite en signalait la présence.

A Longueville, commune de Durbuy, le tilleul de la croix des Combes domine la crête qui s’élève là. Centenaire tout au plus, il porte une croix en fonte mais aussi de nombreuses traces de clous enfoncés par des croyants dans son écorce. Cela témoigne de ces pratiques anciennes qui voulaient que l’arbre ôte le mal dont on souffrait.

Tilleul Longueville © J. Cornerotte

Tilleul Longueville © J. Cornerotte

A Marcourt, encore une hauteur, deux tilleuls enserrent les marches qui conduisent à l’ermitage de Saint Thibaut. Leur majesté en impose. Et leur enracinement montre bien cette volonté farouche de se fixer solidement au sol. Branches ou racines ? L’image laisse perplexe.

Racines du tilleul de l'ermitage Marcourt © J. Cornerotte

Racines du tilleul de l’ermitage Marcourt © J. Cornerotte

A Nassogne, tout l’enclos qui entoure la collégiale Saint-Monon est planté de tilleuls plus majestueux les uns que les autres. Lors des « remuages », le dimanche qui suit l’Ascension,  la tradition veut que l’on mette des branches de tilleul en contact avec la châsse du saint, branches qui seront mêlées à la nourriture du bétail pour en assurer la protection.

© FTLB/P. Willems

Nassogne © FTLB/P. Willems

De tilleul, il est encore question au-devant de la belle église romane de Waha. Certains spécialistes lui donneraient mille ans ! Il est vrai que son tronc présente des stigmates qui pourraient nous faire croire qu’il dépérit. Eh bien non, malgré le poids des ans, notre tilleul à grandes feuilles veille toujours sur l’édifice roman. Peut-être est-il le descendant d’un tilleul planté lors de la fondation de l’église en 1050 ? Le saura-t-on jamais…

© P. Willems

Waha © FTLB/P. Willems

Les bienfaits du Tilleul

Arbre aux mille bienfaits, le tilleul est bien connu pour ses vertus thérapeutiques. La forme la plus connue est l’infusion de fleurs séchées. Elles ont des effets positifs en cas de fatigue, crises d’angoisse, neurasthénie, de migraines, de grippe, et d’insomnies. Elles jouent également un rôle d’antidépresseur, d’euphorisant et de sédatif.

© J. Cornerotte

© J. Cornerotte

Savez-vous qu’en 1792, lors de la proclamation de la République à l’issue de la Révolution française, la plus grande partie des 60.000 arbres plantés dans chaque commune furent des tilleuls. Le tilleul devenait donc un arbre civique, symbole de la liberté.

Bientôt la suite! 

Nous aurons l’occasion de revenir sur les arbres protecteurs dans les prochains articles à venir. Les arbres de limite, de justice, de commémoration peuplent notre Ardenne et notre mémoire. Nous y reviendrons prochainement. D’ici là, promenez-vous, nez en l’air et regard aiguisé. Laissez-vous pénétrer de la tranquille majesté de nos arbres

 

3 commentaires pour “Les arbres remarquables du Luxembourg belge

Zwick Manuel dit :

Très beau travail, bien linké, bien structuré, vivant et de belles photos!
Merci :-)

Pierre Lemaire dit :

La rue des Tilleuls à Ste-Marie-sur-Semois
C’est dans les années où il fut décidé d’abattre ces trois arbres survivants de l’Ancien Régime, quelque peu caducs et surtout, devenus dangereux pour le trafic automobile, que la route menant de Sainte-Marie à Villers-sur-Semois fut rebaptisée « rue des Tilleuls ». La nouvelle appellation fut approuvée en conseil communal d’Étalle très précisément le 11 mai 1978.
Ces hercules étranglaient alors la chaussée prisonnière de leurs énormes racines et de leurs troncs noueux, formant un goulot juste avant que la route ne plonge dans la vallée de la Semois. Pour les gens qui s’en venaient à vélo de Villers, le franchissement de ces colonnes herculéennes signifiait la fin d’une longue côte face au vent – le front de la première cuesta lorraine – et marquait l’entrée à Nochet.
Deux siècles avant leur disparition, Ferraris représenta sur sa carte cette allée menant tout droit à Villers, jalonnée de curieuses petites figures ; il s’agit probablement de nos tilleuls, plantés par dizaines, sans doute au seuil du XVIIIe siècle par Henri Henriquet, maitre de forges et seigneur de Villers et de Sainte-Marie, pour relier ses deux demeures. Il y a peu, on pouvait encore observer, en arrivant à Villers-sur-Semois, à la sortie du bois des Aunaies, que le tracé de la chaussée aboutissait à l’époque – 1712 – tout droit au portail de la cour du château. Le cadastre des propriétés en atteste toujours.
Ultime vestige actuel de ces aménagements paysagers grandioses, perpendiculaire à la Rue des Tilleuls, une double rangée de ces vénérables végétaux s’élance dans l’axe du portail du château de Sainte-Marie, vers le Rond, une aire circulaire autrefois agrémentée d’une pièce d’eau et d’arbres dont il ne subsiste plus que de misérables souches. C’est dans les parages de la bien nommée rue du Rond que le village aurait pris son origine.

Arbre apprécié des apiculteurs et des amateurs de tisane, le tilleul veille encore sur la plupart de nos villages. Il abrite les festivités locales, commémore les évènements historiques, garde le seuil des chapelles et des ermitages, protège calvaires et carrefours. Apprécions ses nombreux bienfaits : sa floraison embaume les soirées de nos printemps ; à l’image de sa feuille, sa couronne prend la forme d’un cœur. « Pour peu que les époux séjournent sous leur ombre, ils s’aiment jusqu’au bout malgré l’effort des ans. » (La Fontaine, Fables, XII, 22)

Evrard Martine dit :

Je suis propriétaire de la maison au 33 rue de Cœmont à Arville Saint-Hubert et nous nous demandons quel âge pourrait avoir l’arbre remarquable tilleul qui jouxte la maison.
Je vous remercie.

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