Blog « Traces et Mémoire »

Bienvenue sur les carnets d'histoire du Luxembourg belge !
Nous vous invitons à remonter le temps, à redécouvrir les traces du passé.
Faits de la grande et de la petite Histoire, gestes et savoir-faire, traditions et folklore, personnages réels ou légendaires... Au travers des articles du blog, nos rédacteurs, nos ambassadeurs et vos coups de cœur contribueront à faire revivre l'Ardenne et la Lorraine d’autrefois.

La bière au fil des siècles

29
sept
2017

Par 29 septembre 2017 Catégories Faits et sites historiques, Traditions et Folklore Pas de commentaires

Bienvenue dans le monde des amis de Gambrinus ! Roi mythique de Flandre et de Brabant, il a longtemps été associé à Jan Primus (Jean Ier de Brabant). Bon vivant, grand amateur des plaisirs de la table, il est devenu le symbole des amateurs de bière. Mais que savons-nous de l’histoire de la bière ? Jacques Cornerotte nous livre les secrets de ce breuvage qui fait la réputation de notre territoire !

 

Gambrinus - Fronton de la brasserie de Champigneulles (F)

Gambrinus – Fronton de la brasserie de Champigneulles (F)

L’invention (la découverte ?) de la bière remonte, selon l’expression consacrée, à la nuit de temps. Fermentation spontanée de quelques graines de graminées oubliées dans un peu d’eau, boisson épaisse et sans doute pas très agréable, elle va devenir le pain liquide des premiers hommes.

 

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© FTLB/P. Willems

On a longtemps cru, en lisant Hérodote, que la bière, ou plutôt son ancêtre, était une invention DES EGYPTIENS puisque Osiris avait fait don de la recette qui consistait à plonger dans de l’eau de l’orge ou du froment germé et concassé pour lui faire subir une cuisson avant d’émietter les galettes obtenues et de les laisser fermenter pendant un certain temps. La pâte que l’on obtenait était alors pétrie et mise à égoutter au-dessus de jarres qui recueillaient le précieux liquide appelé alors “zythum” ou “curmi” selon l’apparence et le goût du liquide. LES BABYLONIENS savaient aussi apprécier ce produit : le code d’Hammourabi légifère et condamne même le “brasseur” maladroit qui aurait raté sa production.

Brasseuse égyptienne

Brasseuse égyptienne

Le malt © FTLB/P. Willems

Le malt © FTLB/P. Willems

LES GERMAINS ET LES GAULOIS fabriquent la cervoise. Différence notable, la préparation, essentiellement familiale, est confiée aux femmes. Mais c’est Charlemagne qui va donner ses lettres de noblesse à la bière : pratiquement tous les grands domaines fonciers carolingiens en
produisent.

Scène de brassage au temps des Romains

Scène de brassage au temps des Romains

LE MOYEN ÂGE, dans le nord-ouest de l’Europe, va donner un nouvel essor à la bière : les abbayes qui ne disposent pas de vignobles commencent à brasser. Les plans de l’abbaye de Saint-Gall (Suisse) ou de Rievaulx (Royaume-Uni) montrent des bâtiments exclusivement réservés à la brasserie. Cette bière est considérée par les moines comme un aliment liquide riche en sels minéraux et en vitamines et bien nécessaire à leur alimentation quotidienne. La bière est même autorisée dans les monastères durant le Carême puisqu’il s’agit d’un aliment liquide. Plus tard, les brasseurs ajouteront un mélange de plantes aromatiques pour mieux maîtriser la fermentation, toujours spontanée, et la conservation. Ce mélange appelé gruyt apportera couleurs et arômes à la bière. Progressivement, ce dernier sera pourtant remplacé par le houblon qui jouera un rôle antiseptique tout en ajoutant au breuvage l’amertume si caractéristique de certaines de nos bières actuelles.

Dans nos régions, la loi de Beaumont-en-Argonne va, à la fin du XIIème et au début du XIIIème siècle, accorder de nombreux privilèges aux habitants des bourgs et villages qui dépendaient d’un seigneur ou d’une communauté monastique. Les moulins, fours et brasseries banaux vont peu à peu disparaître et des brasseurs indépendants s’installeront.

Ce n’est qu’à partir de LA RENAISSANCE que l’on ajoutera de la levure ou des restes fermentés des brassins précédents au moût obtenu par trempage de l’orge. Et encore, nos brasseurs sont bien incapables d’expliquer le rôle des levures. Cela relève toujours pour eux d’une mystérieuse alchimie. Du coup, la bière va devenir plus forte et plus dense. C’est de cette époque que date véritablement le démarrage de la consommation de bière en Europe.

Scène de brassage au 17ème siècle © Musée schaerbeekois de la Bière

Scène de brassage au 17ème siècle © Musée schaerbeekois de la Bière

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE et l’avènement de Napoléon vont renverser la situation : les communautés monastiques et les nobles dépossédés de leurs biens devenus nationaux, les taxes réduites vont favoriser l’apparition de nombreuses brasseries laïques.

LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE donne naissance à de nouvelles technologies comme la production de vapeur, voit la croissance des réseaux de chemin de fer, la découverte et la maîtrise des levures et de leur action. D’autres inventions du début du XXème siècle comme le froid industriel par compression d’ammoniaque, le réfrigérant Baudelot et les découvertes de Pasteur vont révolutionner le monde de la brasserie.

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Malheureusement, LES DEUX GUERRES MONDIALES vont donner un coup de frein qui sera fatal à de nombreuses brasseries : réquisitions de cuivre, rationnements des matières premières auront raison de certaines petites entreprises familiales qui émaillaient notre province.

Cuves de brassage de l'ancienne école de Carlsbourg dans les années 1920

Cuves de brassage de l’ancienne école de Carlsbourg dans les années 1920

DANS LES ANNÉES 80, de grands chambardements interviennent de nouveau dans le monde brassicole : des groupes financiers de plus en plus importants se forment et concentrent de véritables usines dans lesquelles l’homme est complètement coupé du contact avec la matière.

© Patrice Mourot

© Patrice Mourot

Est-ce en réaction à ce phénomène ? Toujours est-il que partout en Europe occidentale, on voit naître de petites brasseries artisanales menées par des passionnés pour qui la qualité et l’originalité ont du sens. Et les amateurs ne s’y trompent pas. Les festivals brassicoles poussent comme du houblon aux quatre coins de la vieille Europe et créent un mouvement qui semble ne plus vouloir s’arrêter. Notre province n’a pas échappé à la vague gambrinale et on ne peut que s’en réjouir.

Verrière de Jacques Gruber © Musée français de la Brasserie Saint-Nicolas de Port (F)

Verrière de Jacques Gruber © Musée français de la Brasserie Saint-Nicolas de Port (F)

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