Blog « Traces et Mémoire »

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Journalisme de guerre (1ère partie): premier colloque du Bastogne War Museum

14
mar
2016

Par 14 mars 2016 Catégories 2ème Guerre mondiale Pas de commentaires

Saviez-vous que durant la Bataille des Ardennes les grands noms de la presse américaine ont connu leur baptême du feu ? Ils en seront marqués à jamais.

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Du passé au présent à Bastogne

De grandes pointures du monde intellectuel et journalistique viennent débattre dans notre petite ville ardennaise, sur le métier de reporter de guerre. Ce 18 mars, ils évoqueront les correspondants de guerre du passé, mais les discussions porteront aussi sur l’évolution de ce job très particulier.

Colloque « Grandeur et misère du Journalisme de guerre » – Bastogne War Museum.

Plus d’informations: ICI

Des correspondants durant les deux guerres mondiales

Le métier a acquis ses lettres de noblesse durant la terrifiante Bataille des Ardennes. Durant la Grande Guerre 14-18, le discours était patriote et mensonger. La presse était censurée et les journalistes qui se dérobaient au contrôle organisé par l’Etat,  risquaient de lourdes sanctions. Les « Poilus » en ont souffert. Plus tard, l’opinion n’a plus cru les journalistes qui, dès les années 30, dénonçaient l’antisémitisme allemand.

Propagande allemande

En Europe et en Amérique

Les journalistes européens en 14-18 n’avaient pas honoré leur métier. Le magnat de la presse britannique, Lord Rothermere, le confessait en 1917 : « nous n’osons pas dire la vérité au public ». Ou encore David Lloyd, premier ministre de l’époque : « si le public savait… La guerre serait immédiatement stoppée… Ils ne savent pas et ils ne peuvent pas savoir ».

Par contre, du côté américain, le pays neutre n’était pas encore plongé dans la guerre et la presse échappait à la censure, mais pas toujours à la pression de l’audience. La presse américaine condamne les atrocités allemandes sur les civils dans cette « brave little Belgium ». Elle fait alors basculer les USA du côté de l’Entente (France, Royaume-Uni, Russie, Belgique, Italie) en 1917. A cette date, dès l’entrée en guerre des Etats-Unis, la censure surveille aussi la presse américaine.

Affiches propagande américaine 14-18

Propagande américaine

Bastogne à l’âge d’or du reportage de guerre

Bastogne est la ville parfaite pour un retour aux sources du journalisme de guerre. De grands noms du journalisme et de la littérature, du photo-journalisme, du cartoon-journalisme se sont distingués sur le front de la Bataille des Ardennes.

© FTLB/ P. Willems

Saint-Hubert © FTLB/ P. Willems

Ce sont des hommes et des femmes (127 femmes sur 558 correspondants de guerre accrédités par Washington), parfois de fortes têtes, de toutes religions et couleurs de peau. Ils sont issus de milieux sociaux différents : De Robert Capa (photographe du Life magazine) à Ernest Hemingway (Collier’s), de Lee Carson (International News Service) à Martha Gellhorn (Collier’s), de Walter Cronkite (United Press, future vedette de CBS Evening News) à Ed Murrow (Radio CBS News)…

Hemingwayetgellhorn

Ernest Hemingway et son épouse

Il y a aussi les futurs journalistes qui, à l’époque, sont encore des combattants comme Eugène Patterson, tankiste dans l’armée de Patton. Lauréat du prix Pulitzer en 1967, l’Oscar pour les journalistes, Patterson devient le « managing editor » du Washington Post en 1968.

Eugène Patterson

Eugène Patterson

Toutes ces figures talentueuses vont se mettre au service de la liberté d’expression et constituer un contre-pouvoir,  au service des valeurs démocratiques. Ils vont, au front, « s’immerger » dans les batailles, partager le quotidien des simples ploucs.

Robert Capa

Robert Capa

L’autocensure

Mais cette liberté aura des limites. Il est par exemple interdit de divulguer des renseignements utiles à l’ennemi, mais aussi d’abîmer « l’image idéalisée de l’Amérique vertueuse » des « frères d’armes » solidaires et confiants. On omet les exécutions de prisonniers allemands, le bombardement de populations civiles, les viols, le racisme et l’antisémitisme de l’armée américaine.

Par contre en 1942, un magazine « The New Republic » publie un article sur le massacre des juifs en Europe et dévoile les liens entretenus par l’industrie américaine avec des entreprises de l’Allemagne nazie

Bastogne, un mythe

Bastogne, comme l’explique Jean-Paul Marthoz dans son étude, appartient au mythe américain. Alors que d’autres combats à St-Vith, à Elsenborn, …sont plus décisifs. Alors que d’autres villes comme La Roche ou Houffalize auraient tout autant mérité cette tragique notoriété, Bastogne symbolise pour l’Amérique, la résistance des « GI » encerclés. Un nouveau Fort-Alamo. Elle représente une victoire encourageante, celle de la résistance face à l’assaut inattendu des Allemands.

Arrivée de la 101st Airborne - Bastogne, décembre 1944  © Musée national d'histoire militaire Diekirch

Arrivée de la 101st Airborne – Bastogne, décembre 1944 © Musée national d’histoire militaire Diekirch

Pour ces derniers, la prise de Bastogne était tout aussi symbolique. L’auteur identifie clairement la raison de la popularité de la Bataille des Ardennes dans l’opinion publique américaine. Son souvenir, rapporte-t-il,  est toujours « cultivé au sein des unités militaires et des clubs de vétérans comme une démonstration de la bravoure et de l’obstination des simples soldats ».En 2003, le porte-parole de Bush va même comparer l’invasion de l’Irak au combat des « battered bastards of Bastogne » (les salauds cabossés, « surnom » de la 101e Airborne à Bastogne).

Couverture Bastogne

© Jean-Paul Marthoz

Un reportage en direct de Bastogne

Des journalistes américains, européens et australiens sont envoyés sur le terrain de la Bataille des Ardennes … Une seule « tête brûlée », Fred Mackenzie, correspondant au quotidien « le Buffalo Evening News », est enfermé avec les troupes dans Bastogne. Il a suivi, depuis Reims, les Screaming Eagles de la 101e division aéroportée qui fut envoyée pour défendre la ville ardennaise. Le reporter a grimpé dans la jeep du Général Taylor et traversé avec lui les lignes ennemies. Il écrira, en 1968, un livre sur le déroulement des combats à Bastogne : « The Men of Bastogne ».

Omar Bradley et des journaliste - décembre 1944 © Musée Diekirch

Omar Bradley et des journalistes – décembre 1944 © Musée Diekirch

L’éthique journalistique

Les choses semblaient si claires durant la seconde guerre mondiale quand le conflit opposait le clan des bons (les Alliés et la démocratie) contre les mauvais (les Nazis totalitaires, antisémites et eugénistes). Ensuite, les guerres du Vietnam puis d’Irak et aujourd’hui celle de Syrie questionnent l’opinion sur la valeur morale des belligérants et sur la manipulation des journalistes qui ont parfois relayé des ½ vérités divulguées par la Maison Blanche.

 

Les leçons tirées de l’histoire

Les questions des journalistes restent immuables : comment livrer une information objective, hier comme aujourd’hui,  malgré les pressions, malgré la censure militaire et étatique, malgré les manipulations de toute sorte qui sont fabriquées pour justifier la guerre auprès de l’opinion?

Ces interrogations, les envoyés spéciaux en 40-45 se les posaient déjà. Durant la seconde guerre mondiale, les journalistes gardent en tête les idéaux de liberté et de justice et croient dur comme fer « au rôle décisif de l’indépendance ».

 

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